Une balade au bord de la mer JP Dominici 16/03/2017

Jean-Paul Dominici

Une balade au bord de la mer

éditions les trois clefs

collection Thrillers

photo de couverture : Pixabay

Nous marchons paisiblement le long du rivage.

Un léger Mistral fait frissonner la végétation rabougrie qui survole les dunes qui s’égrainent sur notre gauche.

Mes pieds s’enfoncent l’un après l’autre dans le sable humide. Nous progressons lentement afin de ne pas la fatiguer inutilement.

La Méditerranée est si belle en ces premiers jours de janvier. Elle est calme, lisse comme un miroir, d’une étrange couleur argentée ; elle s’étale, aguichante et langoureuse, sous un ciel parsemé de vaporeux nuages gris.

Parfois, une trouée rougeâtre laisse apercevoir le timide soleil qui tente une percée.

Dans ma main, je tiens sans la serrer sa menotte fraîche et palpitante. De la pulpe de mon index je frôle ses longs doigts de pianiste, ils me semblent un peu engourdis.

Nous croisons des arbres morts apportés par le Rhône, échoués là depuis la dernière crue du fleuve.

Un goéland vient se poser en planant près de nous. Il nous jette un regard intrigué de son œil rond avant de repartir vers la mer.

Un voilier, au large, poursuit sa route enchantée vers quelque île lointaine.

Un gros bateau promène ses visiteurs, agglutinés sur son dos, afin de leur faire découvrir la mystérieuse et féerique Camargue.

Deux jeunes sportifs en combinaison noire manoeuvrent adroitement leurs planches à voiles colorées.

Je me baisse pour ramasser un beau coquillage recouvert d’une fine couche de sable.

Lorsque je me relève, je prends ma chérie dans mes bras. Je la serre avec tendresse contre moi et je passe avec émotion ma main sur son crâne, qui est depuis peu dépourvu de ses soyeux cheveux. Je pose mes lèvres sur les siennes, elles sont encore si douces ! Je glisse le coquillage dans sa main, elle le serre dans sa paume.

« Tu vas énormément me manquer, sais-tu », ne puis-je m’empêcher de lui dire en plongeant mes yeux dans les siens, ces océans de verdure qui sont aujourd’hui si tourmentés.

« Je suis heureuse, mon amour, de l’avoir revue, c(est vrai qu’elle est si belle ! Oui, je sais que je vais te manquer, tu m’aimes tant, tu me l’as si bien montré chaque jour de notre longue vie à deux ! »

Les plus belles images de notre bonheur m’assaillent alors. Celles de notre rencontre, dans ce petit bal, lors de la fête de son village, celles de notre mariage, quand nous nous sommes blottis dans cette ravissante petite calèche qui nous ramenait chez nous après la cérémonie à l’église. Celles de la naissance de nos filles, Pauline, l’aînée, et Tiphaine, deux ans plus tard. Celles du mariage de Pauline. Celles de la naissance de Maxime, enfin, notre premier petit-fils. Sa joie en découvrant son premier arbre de Noël.

La semaine prochaine nous partirons pour la Suisse, mais nous partirons un peu comme des voleurs, en catimini, dans la discrétion la plus absolue. Et de ce court voyage, Stéphanie ne reviendra pas.

Elle va enfin pouvoir mourir, dans cette clinique proprette, et je serai là, pour lui tenir la main, une dernière fois, pour l’accompagner jusqu’au bout de son douloureux chemin. On appelle cela le suicide assisté, mais pour moi, il ne s’agit que la mort, en fin de compte ; de notre douloureuse et définitive séparation, dont je ne me remettrai jamais.

 

 

 

 

 

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